Je ne sais pas si c’est un défaut ou une propriété, mais cette série brille d’autant plus quand elle s’éloigne de sa figure titulaire. Bojack Horseman a aussi trois autres personnages fascinants (et Todd) à suivre, qui mènent leurs vies respectives, et dans laquelle BJ intervient de temps en temps pour dire des trucs et raccrocher. Ça résume bien la moitié du temps de la série. Mais nous sommes dans la bonne passe – celle où les scénaristes arrivent à faire quelque chose d’un peu unique sans verser dans l’épisode concept – et les trois dernières saisons ont démontré qu’ils étaient très bons à ça. Le nouveau client est un épisode pour exposer ce qui arrive à un personnage, les questions que ça pose, tout ça en racontant une histoire dans le désordre et sur plusieurs niveaux mais en restant fluide, et en déployant des trésors d’inventivité jusque dans le sound design. Je paraphrase Vulture pour dire que cette série est mieux écrite que 95% du reste mais je les ai pas attendus pour penser ça.

« Le public est intelligent, il ne faut pas tout lui prémâcher ». En revanche, le public devrait vraiment regarder cette série en VO. Si cette citation n’avait pas finit de vous convaincre, ces 26 minutes de télévision-sur-Netflix-et-maintenant-sur-MCM sont là pour résumer des faits simples. Princess Carolyn est la meilleure. Elle roule sur tout le monde. Elle nous nage dessus. Nous ne la méritons pas. Et c’était déjà le cas quand c’était une toute jeune quarantenaire qui avait envie de mieux.

Mais avant de passer à PC, attardons-nous sur le B-plot et probablement l’installation de ce qui va suivre : Mister Peanutbutter a des remords. Ce mec me fascine. Il est con comme ses pieds mais il dégage un truc magnétique. Il profite du montage de l’un de ses spots-cartes-de-voeux, Papa Anniversaire, pour crier au monde entier son désarroi. Il a trompé sa nouvelle zouze avec son ex-femme, et a demandé en mariage la première pour faire diversion (???). Il ne peut juste pas s’en empêcher, quitte à refaire le même manège devant BJ et ses potes de thérapie, partout sauf devant ladite zouze, parce que c’est effectivement le seul scénario où il échappe à « une situation inconfortable ». More as the story devellops.

Mais la star de cet épisode, c’est Princess Carolyn. Elle apparaît subissant le symptôme numéro 1 des jeunes mamans – elle est crevée de sommeil. Elle doit gérer les galimatias de MP, du réal puce (sa gestuelle me fascine) et du dernier projet de ce dernier, Anne Frankenstein. Mais elle a un nouveau client : un bébé très piquant à manier avec des gants de cuisine, dont la nounou vient de démissionner, qui a plein de choses à hurler mais pas de prénom, parce qu’elle n’a vraiment pas le temps pour les prénoms. Ce bébé porc-épic est donc provisoirement nommé « le nouveau projet sans-titre de Princess Carolyn ». J’aime bien, c’est froid et romantique en même temps.

Je ne sais littéralement pas si on peut parler de « charge mentale » (est-ce la même chose que la maternité ou l’un est-il compris dans le package de l’autre ?) mais tout l’intérêt de cet épisode est de nous montrer comment PC fait pour gérer ses obligations pro maboules ET son adorable rejeton qui n’en finit pas d’hurler. Le son de cet épisode est particulièrement travaillé et malin, vous voyez ce que je veux dire. Je suis oncle et récemment re-oncle, j’ai une vague idée de l’effet qu’a un bébé sur l’organisme d’une maman, de surcroît célibataire. PC fait ce qu’elle peut, se décuple en permanence, ferme les yeux trois secondes et demi et repart, jongle avec une montagne d’impératifs absurdes. Et ce n’est pas Stuart, son nouvel assistant nul, qui va aider. OUI MAIS IL NE FALLAIT PAS VIRER JUDAH JUSTE PARCE QUE TU PASSAIS UNE JOURNÉE DE MERDE PC. IL ÉTAIT PARFAIT DANS SON TRAVAIL.

Princess Carolyn est contactée par des entrepreneuses « qui ont tout fait » pour poser sur une photo, puis pour organiser un gala. Sans oublier de la prévenir que le monde n’est pas tendre avec les jeunes mamans, en lui racontant ce qui est arrivé à la showrunneuse Karen Kitada, méga grosse légume d’Hollywood, qui a rencontré mornes plaines et criquets après trois petites semaines de congés. « Et encore, Mornes Plaines et Crickets ne sont que deux exemples de projets qui lui ont été refusés car les studios doutaient de ses priorités ». (L’épisode est rempli de ce genre de vannes langagières). PC se sent donc bien obligée de s’investir dans ce qui va devenir une histoire oulipienne où toutes les invitées ont des demandes débiles, des régimes alimentaires uniques et où untel n’aime pas être à coté d’untel. Des Fuji pour les Fugees, de la feta pour Greta (Gerwig), Brie (Larson) aime le brie, etc etc etc. C’est un manège qui dure. Le bébé, le gala féministe, gérer BJ, gérer MP. Prouver au monde entier qu’elle est la meilleure, et tenir tête à la méchante Vanessa Gecko !!!

Ah, et Diane a une super idée pour un prénom de fille. « En pleine interview avec ce sénateur chiant. (…) J’ai reçu mon prénom à quatre ans, et regarde ce que je suis devenue ». Only in Bojack Horseman.

Ah bah regardez elle est là votre femme

Une suite d’évènements la fait baguenauder jusqu’à la clinique Pastiches, complètement zombifiée, du genre assez diminuée pour qu’on puisse croire que c’est une camée. « C’est quoi ces traces sur votre bras ? » « C’est les aiguilles de mon bébé ». « Mmhhhmh. » Pause forcée pour Princess Carolyn, qui va fermer les yeux pour deux jours.

Version Todd. Ce mec est l’inverse de votre serviteur, il obtient des trucs improbablement importants en ne faisant rien, sinon en se pointant à tel ou tel endroit et à être la source de malentendus sans fin. C’est, pragmatiquement, fait pour contraster avec PC. Fraîchement débarqué de QuelleHeureEstIlDotCom, le voilà courtisé par tous les showrunners en vogue d’Hollywoo. C’est un running-gag qui couvre toute la série, très bien, je l’accepte. Et suite à X méprises, il a sauvé les meubles pour tout le monde et a décroché deux saisons de la série Papa Anniversaire, sous le tutelage de Karen Kitada. Quelle homme !

Non, bien sûr, c’est PC qui a recollé les morceaux. C’est ce qu’elle sait faire.

Princess Carolyn est une énorme bosseuse, mais l’univers persiste à lui caguer dessus. C’était le propos de Ruthie, où on avait un flashforward de la Ruthie éponyme qui présentait son ancêtre, PC, à sa classe. On apprenait alors que ce n’était qu’un morceau d’imagination de PC, qui passait l’une des pires journées de sa vie et qui s’imaginait ça pour se remonter le moral. Mais, ne serait-ce que pour cet épisode, elle a le droit à un happy end. Bojack l’appelle pour être courtois et se rapprocher d’elle, et elle va avoir une conversation-clé avec Gecko. Elle a toujours voulu d’un bébé, mais maintenant qu’elle en a un dans les pattes, elle n’est pas sûr de l’aimer. Eh bien, répond Vanessa, il faut le prendre comme un nouveau client, impitoyable, harassant, mais c’est son taf de l’aimer et de le garder en vie. Et comme chacun sait, Princess Carolyn est excellente à son travail. Une métaphore qui fait mouche. Pourquoi elle n’aimait pas cette meuf, déjà ?

Révelations : PC n’aimait pas Vanessa Gecko (un derby qui dure depuis la saison 1)… parce qu’elle n’aimait pas Vanessa Gecko. Un grand pas pour la daronnade et la paix des peuples. Le projet sans nom de Princess Carolyn s’appelle maintenant Ruthie. Et les tongue twisters du travail arrivent à la calmer. Owwwwwwwww.

Ça m’a fait rire et j’aime rire car j’aime l’humour

  • [BÉBÉ QUI HURLE] [Téléphone qui sonne] « Je vois que t’es en réunion avec David O. Russel, je vais faire vite »
  • Karen Kitada, créatrice d’Internes de nuit, d’Internes de nuit : service de jour, et du spin-off Internes de nuit : fac de droit. Pas du tout Shonda Rhimes avec une fausse moustache invisible.
  • Le bon vieux gag du personnage qui cite « un prénom débile », et il y a toujours quelqu’un a dix centimètres qui le porte. Après Joey Joe Joe Junior Shabadoo dans Les Simpsons, Soquet.
  • « Comme les scientifiques nazis qui l’apprennent dans mon film qui, je m’en aperçois, est de très mauvais goût, on ne peut pas démonter et remonter quelque chose à l’infini.
  • C’était l’épisode des insectes, et je suis vaguement horny pour cette meuf-papillon. Ça doit être à cause de Demon Slayer.
  • Le prénom de Dr Champ est « Docteur ».

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