Cet article est, exceptionnellement, en accès gratuit. Ce format de recap est librement inspiré des plumes qu’on peut lire dans Vulture, EWeekly et quelques autres médias anglo-saxons.

Cette cinquième saison commence avec un challenge historique : être, pour la quatrième fois de suite, meilleure que la précédente. On va prétendre qu’on est toujours en septembre 2018 et qu’on n’a pas la réponse à cette question. Mais nous nous étions séparés sur une note optimiste : Bojack découvre qu’Hollyhock n’est pas sa fille mais sa sœur et qu’il peut désormais compter sur un membre de sa famille. On l’a vu sourire, évènement qui vaut deux comètes de Halley. 

Saison cinq, donc. Bojack joue le rôle de Phillibert, un flic un peu zinzin et torturé, mais accompagné d’une nana détective bien plus rationnelle, ultime lieu commun des séries policières depuis environ toujours. C’est vaguement naze et cliché, mais c’est produit par QuelleHeureEstIl.com, réseau qui préfère enlever les montres des personnages pour ne pas rappeler aux spectateurs qu’on peut savoir l’heure qu’il est.

Dommage. Tous les soucis d’étanchéité entre les canaux de Netflix en un screen.

Mr Peanutbutter, fidèle à lui-même, fait irruption sur le plateau et débitant son lot habituel de conneries. Pas bien perturbé par, au hasard, un divorce qu’il n’a pas demandé. 

Générique ! Et son petit lot de détails qui changent à chaque saison – et c’est Ralph Carney, le neveu de Patrick (la moitié des Black Keys, donc) à qui on rend hommage, les deux ayant collaboré sur cet hypnotisant lick de saxophone.

Ce premier épisode permet d’introduire quelques personnages supplémentaires. Flip McVicker, votre showrunner moyen, interprété par Rami Malek. Chelou, angtsy bizarre et malaisant comme il le faut. Et Bojack de, après un (1) regard, continuer de donner la réplique à sa collègue au pieu, un superpouvoir de fiction qui n’en finit pas de m’hypnotiser. Gina, c’est son nom, est bien consciente de la médiocrité du truc mais a des dettes à payer. Et elle trouve une future scène de nu, qu’elle doit jouer, gratuite et male-gazey

Ça tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Bojack semble aller un peu mieux – parler à son partenaire et l’écouter après le sexe, mazette – mais il reste un type qui boit sa rasade quotidienne et mesurée de Vodka à minuit une, qui se sent obligé d’appeler sa soeur en pleine nuit après avoir liké un de ses trucs sur Instagram, mais que « ça ne compte pas sur l’appel du dimanche ». Le genre de type à qui on doit poser des limites, mais à qui ça arrache la figure de dire « tu me manques » avant de se dégonfler presto. Bojack reste Bojack, un type profondément pété.

Cette histoire nous permet de parler de male gaze dans la série, dans un discours rapporté que Flip le showrunner calcule à peine – « tout le monde s’en fiche sauf toi », huh. L’occasion de caractériser un type juste un peu creepy, chelou à un niveau presque scientifique, qui considère sa première série comme l’œuvre de sa vie. Et Bojack de le convaincre d’annuler cette scène, et donc dans la foulée de faire disparaître une demi-douzaine d’emploi de nanas qui auditionnaient des rôles de stripteaseuses et qui partent en mode « mais enfin j’ai des gosses à nourrir », ahahah.

Pendant ce temps, Todd est avec sa copine axolotl Yolanda. Je ne sais plus ce qu’elle fait comme métier mais elle ferait un bon médecin : tout ce qui sort de sa bouche sont des faits nature, servis sans sucre, puis elle passe à autre chose. Cette petite virée au restaurant est l’occasion de parler d’asexualité, d’aromantisme, des sujets complètement ignorés par la fiction. Et de glisser un « les asexuels romantiques ça sonne comme une faible audience pour une application (…) et un pourrait sauter sur le premier venu, même s’ils n’ont rien en commun ». Uh oh, Todd. Et tout ses potes vivent des vies intéressantes. « Todd, tu trouves pas ça bizarre de pas savoir quoi faire dans ta vie ? – Non. – Je reformule. Je trouve ça bizarre que tu ne saches toujours quoi faire de ta vie. » Quelque part, un membre du casting de Terrace House pleure.

Bref, suite à un mic-mac langagier dont seul Bojack Horseman a le secret, Todd se rend chez QuelleHeureEstIl.com pour laver les chiottes. Mais grâce à son CV maboule (créateur d’une application de covoiturage, gérant d’un parc d’attractions, gouverneur de Californie pendant une minute et réalisateur d’un Star Wars viré pour différents créatifs) le voilà engagé directeur marketing en deux-deux. Quel talent. 

Et comment va Princess Carolyn, qui gère la production d’une série nommée selon sa dernière fausse couche ? Plutôt pas mal, elle essaye d’adopter. Bon, elle paye 60 000 brouzoufs pour entendre « Ça a du sens, vous êtes tellement vieille » parce que personne ne semble vouloir respecter PC dans cet univers. Tracy la nana de l’agence d’adoption, personnage Bojesque en diable : « Bonne nouvelle, on a trouvé une future mère. Elle est venue nous voir hier. Elle a donné son bébé à un adorable couple dans l’Illinois. Aaah vous avez cru que ce bébé était pour vous ? Quelle arrogance. » QUELQU’UN PEUT-IL RESPECTER LE PERSONNAGE LE PLUS RESPECTABLE DE CETTE SÉRIE SVP.

Pendant ce temps, cette histoire de scène sexiste fait s’engueuler Bojack et son showrunner, qui se montre sous un jour inquiétant, menaçant, tyrannique, mais qui a l’air super banal dans le milieu. C’est Bojack qui pique les inquiétudes de sa collègue et c’est lui qui a l’air concerné, du coup c’est lui qui doit tourner une scène de nu et brancher une ampoule à poil « pour donner quelque chose à mater aux meufs ». « Pourquoi tu ne peux pas être pro et te mettre à poil ? » Un timing idéal pour exploser parce que Phillibert, cette histoire de flic qui a ou n’a peut-être pas buté sa femme, ça ne raconte rien et ça le raconte mal, « et c’est mal éclairé. » Comme Mr Robot, ça alors. 

Hey, c’est Diane. Elle est toujours dans la série ! Et elle a une nouvelle coiffure – malaise existentiel 101. Mr Peanutbutter la récupère à l’aéroport d’on ne sait où, et la dépose aux appartements « Le Triste », avec l’autoroute comme vue. Les papiers du divorce sont faits. C’est cordiable mais affreux de réalisme, de sincérité, et de malaise. Prend ça, le mariage.

Princess Carolyn sait ce qu’elle sait faire de mieux : sortir un discours super motivant à Bojack. Qui fait sa scène à poil. Et personne n’a appris grand chose sur le male gaze, mais scène de l’ampoule à poil y il a. Et aucun complexe n’en fut tiré, sinon un gag visuel rigolo. Preuve que tout est digéré, ça recommence à faire des blagues sur les noms de célébrités. Flip s’excuse mollement de ce qui vient de ce passer en faisant une remarque vaguement sexiste. Et lui sort le « tout ce que je vais te faire subir, c’est au personnage, pas à toi (…) ça va être une super saison de télévision ». Et tandis que la chose se conclut comme elle a commencé, sur Los Ageless (HÉHÉHÉ) de Saint Vincent, Bojack peut commencer à contempler, le regard vide, que c’est un peu cocasse d’entendre ça quand on a manifestement du mal à se dissocier de son personnage… et que le décor de Phillibert est 100% identique à son propre chez-lui.

AH AH À :

  • « Il doit apparaître vulnérable. Il doit montrer chaque pli, chaque défaut de son corps frispé et flasque pour être aimé. Et il doit bander pour être respecté. » 
  • Le gag animalier du jour : la mante religieuse qui fait le trottoir et qui met du sel sur les gens. 
  • Il n’y a que Bojack Horseman pour se moquer du lieu commun des gens qui utilisent une chaise tournante pour faire une révélation dramatique.

 

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